1,6 milliard pour 8 mégaprojets

CONSTRUCTION Entre rêves de grandeur et chantiers à rallonge, Crans-Montana pourrait changer de visage au cours des prochaines années. Bilan de ce qui avance, ce qui patine et ce qui reste à trancher.

PAR SAMUEL BONVIN / PHOTOS SACHA BITTEL

Crans-Montana et les mégaprojets de construction, c’est parfois de très longues histoires. Et elles sont souvent semées d’embûches. Mais plusieurs de ces chantiers pourraient arriver à leur terme prochainement, moyennant des centaines de millions de francs d’investissements. De quoi imaginer la station, qui accueille environ 50 000 personnes en haute saison, en partie transfigurée d’ici à 2030. Le point sur les gros projets en cours ou oubliés avec les présidents des communes de Lens et de Crans-Montana.

1. L’AIRE D’ARRIVÉE DE LA NATIONALE

Des embûches, il y en a eu pour l’aire d’arrivée de la Nationale, aux Barzettes. Présenté en 2021 à la population, le projet a dû ailleurs été revu à la baisse en 2023. En parallèle, des oppositions, jusqu’au Tribunal fédéral (TF), font menace à plusieurs reprises.

« On a eu très peur. La décision est tombée juste à temps, un mardi. Or, le président de la Fédération internationale de ski aurait pu prendre la décision d’annuler les événements prévus à Crans-Montana si l’affaire n’était pas réglée avant le jour suivant», explique Nicolas Féraud, président de la commune de Crans-Montana.

Un chantier entamé il y a neuf mois

Désormais, plus rien ne semble pouvoir arrêter ce mégachantier dévisé à une quarantaine de millions de francs. L’essentiel de l’aire d’arrivée et du local de stockage devrait être prêt d’ici la fin du mois. Une cinquantaine d’ouvriers y œuvrent chaque jour. « C’est assez incroyable, quand on pense que les travaux ont débuté en mars», commente l’élu. Quant à la rénovation du bâtiment existant sur le site, « elle sera finalisée pour la Coupe d’Europe de ski, les 13 et 14 janvier prochains».

40 MILLIONSLieu Barzettes, Impasse de la NationaleDate de fin espérée Janvier 2026

2. LE COMPLEXE HÔTELIER DE MERIGNOU

Le projet avait été mis à l’enquête en 2018 par le milliardaire tchèque Radovan Vitek. Dévisé à 180 puis 200 millions de francs, il prévoyait la construction d’un hôtel, de 32 résidences hôtelières, d’un spa et de 22 résidences secondaires au pied des pistes. En 2019, la bourgeoise de Chermignon avait d’ailleurs accepté de vendre un droit de superficie à Radovan Vitek, et le plan d’aménagement de la zone avait été approuvé par l’assemblée primaire de Lens.

Projet au point mort

Depuis, plus rien. Et avec la vente des dernières remontées de Crans-Montana, jusque-là possessions de Radovan Vitek, difficile d’imaginer que le projet redémarre. David Bagnoud, président de la commune de Lens où se trouve le terrain, l’admet d’ailleurs: « Il y a deux ou trois ans, on sentait encore des velléités d’aller de l’avant. Mais maintenant, ça semble en stand-by.» Tony Lagger, président de la bourgeoise de Chermignon, abonde: « J’ai beaucoup de peine à croire que quelque chose se fera tant que cette zone restera préservée pour les projets hôteliers uniquement donc sans possibilité de construction de résidences secondaires.»

200 MILLIONSLieu Vaste zone vers les parkings de Chetzeron et Try d’Er → Date de fin espérée Probablement jamais

3. LE GUÉPARD DE CHRISTIAN CONSTANTIN

Annoncé par Christian Constantin en 2010, puis bloqué une dizaine d’années par des oppositions, le projet Le Guépard, sur la rue des Tsintres, n’a plus non plus fait grand bruit dernièrement. Pourtant, il est sur le point d’aboutir en partie. « Deux des immeubles vont être mis à disposition des propriétaires pour cette fin d’année», explique Nicolas Féraud.

Une quarantaine d’appartements déjà vendus

Quarante-huit appartements sont d’ailleurs déjà disponibles à la vente et, à en croire le site internet de l’entrepreneur, seuls six d’entre eux n’ont pas encore trouvé preneur. Rien de surprenant pour le président ayant à ce projet avalé avant l’entrée en vigueur de la lex Weber: « Il s’agit des dernières résidences secondaires qu’on peut acheter sur la commune, d’où cet intérêt très vif.» Quatorze autres appartements devraient être finalisés d’ici le début de l’année 2027.

Quant à l’hôtel cinq étoiles Le Dew, nommé dans un premier temps Guépard Palace, « les travaux ont commencé récemment et devraient aboutir dans trois ans environ». Une information confirmée par Christian Constantin.

Le projet complet prévu pour 2030

Le projet complet, qui comprend encore des appartements supplémentaires, devrait, lui, être bouclé pour mi-2030, selon le promoteur. Coût estimé par ce dernier pour la totalité de l’infrastructure de 65 000 m2 dont 35 000 m2 de surface brute utile: «Un demi-milliard de francs.»

500 MILLIONSLieu Rue des Tsintres → Date de fin espérée Ces prochains mois pour les premières résidences, 2028 pour l’hôtel le Dew, 2030 pour l’ensemble du projet

4. LES INTERMINABLES BAINS THERMAUX

Un centre de bains thermaux en station: le sujet est sur la table depuis plus de trente ans (lire ci-dessous). Mais, concrètement, rien n’a bougé au cours des dernières années. Le projet prévu près du manège de Crans-Montana et impliquant la construction de bains, d’un hôtel et d’un restaurant n’est pas pour autant passé à la trappe, selon Nicolas Féraud: « Les thermes du Haut-Plateau sont toujours d’actualité! Je crois qu’il s’agit du projet le plus attendu par les citoyens, les résidents et les touristes de Crans-Montana.» Et ce dernier ne s’inquiète pas d’une éventuelle surcharge de l’offre, avec la construction d’un grand spa dans le cadre de l’ALRV (Aminona Luxury Resort & Village, lire le point 6): « Il n’y a aucun risque. On a un bassin de population immense, entre les touristes, les habitants de notre commune et ceux de toute la région du Valais central. En période de haute fréquentation, on compte 50 000 personnes à Crans-Montana.»

Une réponse rapide en guise de « dernière chance»

Mais alors, pourquoi ce chantier dévisé à 60 millions de francs n’avance pas? « Il ne nous manque que l’aval de la CCC. On l’attend depuis des années», répond le président, notant au passage qu’« une réponse au cours des prochains mois constitue une dernière chance, sinon les porteurs du projet risquent de le laisser tomber parce que ça a trop trainé». Sollicitée, l’autorité annonce de son côté avoir bien avancé sur ce projet: « La CCC est en phase de traitement des oppositions, lesquelles ont déjà été largement examinées, seuls certains éléments techniques demeurant à finaliser.» Et de noter que le dossier en question « présente une complexité technique et juridique non négligeable», d’où les délais relativement longs.

60 MILLIONSLieu Près du manège → Date de fin espérée Inconnue

Un projet plus que trentenaire

Si l’autorisation de la Commission cantonale des constructions venait vraiment à être délivrée, elle pourrait signifier l’épilogue d’une saga amorcée il y a plus de trente ans. En effet, en 1992 déjà, un projet de centre thermal avait été mis à l’enquête à Montana. Durant la vingtaine d’années qui a suivi, les plans ont été discutés, repensés, adaptés. Mais pas réalisés. Puis, en 2020, lueur d’espoir, lorsque l’Association des communes de Crans-Montana (ACCM) annonce s’engager dans les thermes du Haut-Plateau. Mais, là encore, la justice s’en mêle, notamment en raison de changements non annoncés des plans. Ainsi, en 2022, le Tribunal cantonal décide de dessaisir la commune de Crans-Montana du dossier et d’accorder à la CCC le droit de statuer sur son sort.

5. LA CENTRALE CHAUFFAGE À DISTANCE

Des rebondissements, il y en a aussi eu pour le projet de centrale à bois alimentant le chauffage à distance à Crans-Montana (lire ci-dessous). Mais, là aussi, les choses ont bougé récemment. Crans-Montana Energies SA a mis à l’enquête publique, l’année passée, la dernière version du projet: une centrale énergétique à bois par gazéification qui produirait de la chaleur et de l’électricité.

A terme, environ 500 bâtiments (3500 ménages) devraient pouvoir être ainsi alimentés. «C’est un projet important et auquel on croit. La région dépend encore largement des énergies fossiles. Le chauffage à distance et le projet de centrale permettront de répondre aux exigences de la transition énergétique», détaille Michel Barras, administrateur délégué de Crans-Montana Energies SA.

Une centaine d’oppositions

Nicolas Féraud, de son côté, explique: «La mise à l’enquête a été faite. On est en train de répondre aux oppositions. Il y en a une centaine.» Mais pas de quoi inquiéter Michel Barras: «On est très confiants quant au fait de pouvoir rassurer les opposants. La solution proposée permettra de garder le trafic en dehors de la station et est l’une des options les plus saines possible en matière de production d’énergie.»

Le président et ce dernier espèrent un début des travaux dans l’année à venir et une mise en service d’ici deux à trois ans. Sans nouveau contretemps, le projet situé dans la zone industrielle et artisanale La Montagnette coûtera environ 40 millions de francs.

40 MILLIONSLieu Zone industrielle et artisanale La MontagnetteDate de fin espérée 2027-2029

Projet précédent tué dans l’œuf

Diverses idées d’installations de chauffage à distance étaient en discussion depuis les années 2010, à Crans-Montana. En 2015, finalement, l’aménagement d’un réseau de conduites est amorcé. Puis une mise à l’enquête publique pour la construction d’une centrale à bois est lancée en 2017. Quelque 700 oppositions sont déposées, avant que la commune abandonne le projet, deux ans plus tard, sur conseil de la Commission cantonale des constructions. L’ACCM reviendra finalement en 2024 avec son projet actuel.

6. LE GIGANTESQUE PROJET HÔTELIER D’AMINONA

Bien que moins médiatisé dernièrement que l’aire d’arrivée de la Nationale, le titanesque Aminona Luxury Resort & Village (ALRV) reste «capital» pour la station de Crans-Montana, selon Nicolas Féraud: «C’est un projet qui nous fera beaucoup de bien économiquement et touristiquement.»

Et il semble que l’idée de complexe hôtelier, chiffrée à 650 millions de francs à ses débuts, soit enfin sur de bons rails. La réalisation du gros œuvre d’un premier hôtel de luxe et de son spa de 4000 m2 devrait être finalisée en avril 2026. Le gros œuvre du reste de la phase 1 du projet – qui comprend notamment un autre hôtel et douze chalets – devrait quant à lui débuter dans le courant de l’année prochaine. Objectif: «Mettre les deux hôtels et les chalets à la disposition du public pour 2028.»

Le retour des télécabines d’Aminona prévu en phase 2

Il ne s’agit là que de la première phase du projet. La phase 2 – à savoir un grand parking, un hôtel et un départ de télécabine – est quant à elle encore en planification. «L’idée, c’est de la mettre à l’enquête l’année prochaine pour pouvoir amorcer les travaux en 2029 ou 2030.» Reste à voir si cette étape connaîtra, elle aussi (lire ci-dessous), son lot d’oppositions et de retards.

Contactée, la société ALRV SA n’a souhaité commenter ni l’avancée des travaux ni les prochaines étapes du projet.

650 MILLIONSLieu Vaste zone sur AminonaDate de fin espérée Début 2028 pour la phase 1

Bientôt vingt ans

Mis à l’enquête pour la première fois en 2008, l’Aminona Luxury Resort & Village a connu d’innombrables revers. Des oppositions, décisions de justice défavorables ou encore un changement d’investisseur ont notamment freiné son lancement et forcé des adaptations. En 2017, après quelques mois de travaux, c’est la jeune commune de Crans-Montana qui décide de stopper le chantier, faute de garantie financière de la part des promoteurs russes derrière ALRV. Les travaux reprendront finalement cinq ans plus tard, en 2022. Ultime menace en date: l’ombre de sanctions financières liées à la guerre en Ukraine a plané un temps, en 2024, sur la famille russe qui finance ALRV.

7. LE RHODANIA, DES RÉNOVATIONS ENFIN EN COURS

Ça avance enfin à l’hôtel Rhodania. Laissé à l’abandon depuis plusieurs années (lire ci-contre), l’établissement situé à deux pas du 18 trous de Crans-Montana semble en effet reprendre gentiment vie. Et pour cause: «Les travaux ont repris il y a un mois environ», explique David Bagnoud.

En filigrane de cette avancée: un changement de propriétaire est intervenu récemment pour le mieux. Selon plusieurs sources, la famille Lindinger, qui possédait l’hôtel depuis plus de trois décennies, aurait peine, ces dernières années, à payer les factures de la rénovation. Or, elle ne fait désormais plus partie de l’équation. Les nouveaux propriétaires, eux, seraient plus enclins à vouloir faire avancer le projet.

Réouverture annoncée pour dans deux ans

Si le président de la commune de Lens ne commente pas les supposés défauts de paiement, il confirme que le bâtiment a été racheté «par des gens installés depuis longtemps à Crans-Montana». Et de préciser: «Ce sont des partenaires de confiance, on a la certitude que la rénovation va aller de l’avant.»

Si tout va bien, le projet, chiffré à approximativement 55 millions de francs en 2016, devrait aboutir «d’ici environ deux ans». A noter que Marc Lindner, dernier patron en date de Rhodania SA, n’a pas donné suite à nos sollicitations.

55 MILLIONSLieu Crans, bord du golf, au bout de la rue du RhodaniaDate de fin espérée 2027-2028

Un édifice des années 30

L’hôtel Rhodania est un établissement mythique de la station. Il trône en effet à Crans-Montana depuis les années 1930. Racheté en 1980 par l’architecte allemand Otto Lindner, il a alors connu ses plus beaux jours, au bord du golf. Severiano Ballesteros. Mais, avec le temps, le bâtiment perd de sa superbe. En 2013, l’hôtel ferme. Une perspective encourageante précède toutefois cette annonce: le célèbre architecte Mario Botta va dessiner les contours de ce que sera le Rhodania 2.0. Raté: des oppositions puis une décision du Tribunal cantonal empêchent la réalisation de cette grande tour. Le projet est donc revu et l’inauguration d’un hôtel cinq étoiles comptant entre autres 41 chambres, un spa et un restaurant est prévue pour 2021, puis 2023. Encore raté, puisque le chantier restera désert jusqu’en 2025.

8. UN CENTRE DE BIEN-ÊTRE DANS LA FORÊT

Une mise à l’enquête mi-2025 pour une ouverture en 2027: c’est l’ambition du projet Les Devins. Ce complexe hôtelier à «taille humaine et bien intégré dans le paysage» est cher aux yeux de David Bagnoud. «On a reçu beaucoup de demandes pour ce terrain au cours des dernières années, mais on voulait quelque chose qui s’inscrive bien dans le cadre», explique l’élu. Ce cadre? Une clairière sur le site de la pension pour chiens Clébard Palace et de sa buvette, à Plans-Mayens, à quelques centaines de mètres de la station. Concrètement, la construction de onze mazots, trois chalets et un restaurant y est prévue.

«Un réel besoin pour la commune»

«Avoir de nouveaux lits chauds, c’était un réel besoin pour la commune. Nous sommes aussi contents que le restaurant prévu soit tout public, c’était important dans cette zone de départ du Brise du Rhon, commente le président. Selon ce dernier, la mise à l’enquête de ce projet chiffré à 35 millions de francs a donné lieu à «deux ou trois oppositions, mais rien de trop inquiétant».

~ 35 MILLIONSLieu Zone du parking du brise du RhoDate de fin espérée 2027